Koren Gallery - Georges Mathieu, figure de l’abstraction lyrique française
Né à Boulogne-sur-Mer en 1921, Georges Mathieu reçoit une formation universitaire solide en lettres et en philosophie avant de s’engager pleinement dans la création artistique. Cette culture humaniste marque profondément son œuvre, tant dans son rapport à l’histoire que dans sa conception du geste pictural comme acte intellectuel et spirituel. Contrairement à de nombreux artistes abstraits de sa génération, Mathieu ne se détourne jamais de la pensée théorique, qu’il considère comme indissociable de la pratique artistique.
L’invention et la théorisation de l’abstraction lyrique
Dès la fin des années 1940, Georges Mathieu s’impose comme l’un des principaux théoriciens et promoteurs de l’abstraction lyrique en Europe. Il s’oppose frontalement à l’abstraction géométrique, qu’il juge trop rationaliste, et défend une peinture fondée sur l’immédiateté, la spontanéité et l’expressivité du geste. En 1947, il organise à Paris l’exposition L’Imaginaire, considérée comme fondatrice du mouvement, réunissant notamment Wols, Bryen et Hartung.
Le geste comme événement et spectacle
La singularité de Georges Mathieu réside également dans sa manière de peindre en public. Dès les années 1950, il transforme l’acte pictural en véritable performance, exécutant ses toiles à grande vitesse, souvent devant un public nombreux. Cette approche spectaculaire ne relève pas de la provocation gratuite, mais d’une volonté de rendre visible l’instant créatif, perçu comme un événement irréversible. Mathieu revendique une filiation avec la calligraphie extrême-orientale, tant dans l’économie du trait que dans la concentration mentale exigée par l’exécution.
Reconnaissance internationale et marché de l’art
Très tôt, Georges Mathieu bénéficie d’une reconnaissance internationale. Il expose aux États-Unis, au Japon et en Allemagne, et ses œuvres intègrent rapidement des collections institutionnelles majeures. Aujourd’hui, le marché confirme cet intérêt durable. Les grandes compositions des années 1950 et 1960 figurent parmi les plus recherchées par les collectionneurs, en raison de leur puissance formelle et de leur importance historique. Les résultats récents en ventes publiques témoignent d’une revalorisation constante de son œuvre.
Un héritage déterminant pour l’histoire de l’art
Décédé en 2012, Georges Mathieu laisse une œuvre dense, théorisée et profondément influente. Son apport dépasse le cadre strict de la peinture abstraite. Il a redéfini la relation entre geste, temps et création, tout en affirmant une vision exigeante de l’artiste comme penseur. Aujourd’hui, son travail s’impose comme un jalon incontournable pour toute collection consacrée à l’art d’après-guerre et à l’abstraction européenne.
